Noli me tangere, Jean-François Sivadier - Ateliers berthier


Noli me tangere, Jean-François Sivadier :

mercredi 4 mai – 20 h - Ateliers Berthier (XVIIème)


Noli me tangere

de et mise en scène Jean-François Sivadier

avec la collaboration artistique de Nicolas Bouchaud, Véronique Timsit, Nadia Vonderheyden

Décor Jean-François Sivadier et Christian Tirole
Lumière Philippe Berthomé
Costumes Catherine Coustère
Assistante à la mise en scène Véronique Timsit

avec
Nicolas Bouchaud Ponce Pilate, René
Stephen Butel Hérode
Marie Cariès Salomé
Charlotte Clamens Hérodias
Vincent Guédon Narraboth, l'espion
Éric Guérin Jean-Mathieu
Christophe Ratandra Malkathé
Nadia Vonderheyden Un ange, Pascal
Rachid Zanouda Iokanaan

production déléguée Théâtre National de Bretagne, Rennes
coproduction Prospero, Odéon-Théâtre de l'Europe, Italienne avec Orchestre, MC2 : Maison de la Culture de Grenoble, Espace Malraux – Scène nationale de Chambéry et de la Savoie
Créé en janvier 2011 au Théâtre National de Bretagne, Rennes dans le cadre de Prospero, avec le soutien du Programme Culture de l'Union Européenne

Représentations

Durée 2h45


"On servit des rognons de taureau, des loirs, des rossignols, des hachis dans des feuilles de pampre ; et les prêtres discutaient sur la résurrection." Gustave Flaubert

La scène est en Judée, en 26 de notre ère, dans la citadelle de Machaerous. Du haut de ses remparts s’ouvre une perspective imprenable sur la Mer Morte. En se penchant, Hérode le Tétrarque peut en voir miroiter les eaux, et scintiller peut-être les piques et les éperons des troupes que les nomades ont levées contre lui. Le Tétrarque sait-il déjà qu’il va recevoir de la visite – celle d’une fille un peu trop belle, celle d’un homme un peu trop puissant ? Pris entre le désir de l’une et la crainte de l’autre, ce pauvre Hérode risque de perdre la tête – si l’on ose dire…
À l’Odéon, depuis les temps déjà lointains où Italienne avec orchestre faisait asseoir dans la fosse ses spectateurs ravis de se prendre pour des musiciens, nous apprécions le travail de Jean-François Sivadier et de son équipe. Un Lear, un Danton, et une Dame de chez Maxim plus tard, il a plus que confirmé sa stature de metteur en scène. Il nous revient cette fois-ci, accompagné d’une bonne partie des comédiens de La Dame, pour créer l’un de ses propres textes, une bien curieuse machine à jouer qui puise ses ressources chez Wilde et Shakespeare et parcourt une variété de tons allant du lyrique au trivial, voire à la franche bouffonnerie.
De la Salomé de Wilde (écrite directement en français et inspirée, comme on sait, du dernier des Trois Contes de Flaubert), Sivadier a retenu le cadre général de l’intrigue. Une fois encore, Salomé va danser devant Hérode, son beau-père, pour lui arracher le présent qui doit entraîner sa perte : la tête de Iaokanann, dit le Baptiste, sur un plateau d’argent. Et une fois encore, son extraordinaire performance produira l’effet recherché. Mais cette fois-ci, la fille d’Hérodias ne sera pas seule à se donner en spectacle devant le Tétrarque. Une bande d’acteurs amateurs, pour célébrer l’anniversaire du souverain, a préparé à son intention une petite pièce, un miracle naïf et déjà digne du Moyen-Âge, mais malheureusement pour eux, le thème choisi va tomber on ne peut plus mal... Dans ces modestes serviteurs des planches, on aura reconnu des émules de Bottom et de ses compères artisans, ineptes tragédiens improvisés qui égaient le dernier acte du Songe d’une nuit d’été. Mais ils tiennent aussi de la troupe de professionnels qui vient rendre visite à Hamlet, car leur représentation doit également produire un effet politique (comme si Hérode, l’ami des Romains, avait quelque chose de l’usurpateur Claudius…). Différents théâtres, différents désirs se croisent et se recroisent dans ce drame où la lune est comme un trou de serrure où Dieu aurait collé son œil.

à lire Trois Contes de Gustave Flaubert, éd. P.-M. de Biasi, GF-Flammarion, 2009
Salomé d’Oscar Wilde, ill. Aubrey Beardsley, éd. du Héron, 2003