Ce qui arrive et ce qu'on attend ... des nouvelles d' Arnaud Denis et des Compagnons de la Chimère





Arnaud Denis met en scène Ce qui arrive et ce qu'on attend de Jean-Marie Besset.


Dans le rôle de Niels, il joue au Théâtre du Petit Montparnasse, avec Virginie Pradal et Jean-Pierre Leroux





Dans "Ce qui arrive et ce qu'on attend", Jean-Marie Besset nous plonge dans une sorte de purgatoire : un cabinet minitériel. Une Commission doit décider qui sera le premier architecte à construire un monument sur la lune. Il s'agit bien de décrocher la lune.


Dans ce couloir de l'attente, devant la porte fermée derrière laquelle le jury délibère, les personnages trépignent.


Ils espèrent, renoncent, s'affrontent. Ils se rattachent à ce qui les fait vivre : l'Attente. L'Attente de l'autre, l'Attente de la réussite sociale et professionnelle, l'Attente de la mort.


Il arrive rarement ce qu'on Attend."


Arnaud Denis


Entre les ambitions exaspérées du jeu social, les trahisons et renouements du jeu amoureux, nous passons une large part de nos existences dans des temps creux : les moments d'attente.


"Je me suis attaché à présenter des hommes et des femmes dans de pareils moments : entre deux portes, deux êtres, dans des situations d'expectative, provisoires, donc déséquilibrées. Entre l'enfer et le paradis, la religion a inventé le purgatoire. "
Jean-Marie Besset


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"Il y a des mots auxquels on pense, forcément"...


PRIMESAUTIER


COINCIDENCE


SUSCEPTIBILITE


AMBITION


TROMPE-L'OEIL


PRIVAUTE/INTIMITE


Des mots et des expressions :


"Propension au lyrisme, à la grandiloquence"


"L'arrogance de l'amour des couples... qui s'aiment."


Et des phrases :


"Tout le monde est en proie au baroque, c'est décoratif, ça ne parle de rien, c'est l'idéal"


"Les gens sentent que vous travaillez : ça les inquiète."


"Avec tous tes mystères, j'ai fini par me sentir coupable."


"Tout le monde prend tout mal aujourd'hui !"


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Pariscope : Théâtre critiques

du 25/08/2010 au 01/11/2010

La critique de la rédaction

On attendait que le jeune metteur en scène Arnaud Denis s'empare enfin d'un texte moderne. Ce qui arrive enfin avec cette pièce de Jean-Marie Besset. Devant la très belle évolution de l'écriture de l'auteur, on peut dire que c'est une œuvre de jeunesse qui possède déjà ce qui fera son style : une étude ciselée et sensible des rapports humains. Besset semble plus attiré par la part d'ombre, et s'interroge sur l'âme humaine, ses blessures, ses fêlures… Il demeure que tous ses personnages courent après le bonheur, mais s'évertuent à passer à côté. Mais sont-ils assez forts, doués, heureux pour savoir au moins le voir ? Une commission ministérielle doit décider quel architecte construira le premier monument sur la Lune. Décrocher la lune, finalement c'est ce qu'on attend tous de pouvoir faire un jour sans jamais y arriver ! Nous sommes sur un terrain de jeu social, de jeu de l'amour, et évidemment de jeu du hasard. Philippe Derrien est un jeune architecte, rêvant encore de pureté et s'enlisant dans ses contradictions. Adrien Melin est parfait dans ce rôle d'homme vulnérable, doutant de la vie qu'il s'est imposé. Un homme est un satellite autour duquel gravitent des étoiles, des météorites, des trous noirs… Des personnages forts qui font basculer l'univers du jeune homme. Jean-Pierre Leroux s'amuse beaucoup dans ce « nouvel » emploi d'architecte sur le déclin. Virginie Pradal s'en donne à cœur joie et sombrement dans ce rôle de femme dominatrice et sans scrupule. Jonathan Max-Bernard est fragile en homme retrouvant son amour de jeunesse et n'attendant plus que la mort. Blanche Leleu est lumineuse en épouse amoureuse et malheureuse. Arnaud Denis est réjouissant en dandy cynique et décadent. S'appuyant sur une scénographie superbe, décors d'Edouard Laug et lumières de Laurent Béal, Arnaud Denis signe un beau spectacle. Ce qu'on attendait !


Marie-Céline Nivière


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Les Femmes savantes, Molière : vendredi 2 octobre 2009 - Théâtre 14 -

Mise en scène de Arnaud Denis (dans le rôle de Trissotin)

www.lescompagnonsdelachimere.com


Arnaud Denis interprète le rôle de Trissotin

Il a également incarné Scapin au Théâtre du Lucernaire en 2006-2007


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Un compte-rendu de la rencontre avec Arnaud Denis au théâtre de l'EABJM le vendredi 23 octobre 2009 : prise de notes de Peter (en 2de 4)


En ligne prochainement un complément de ce compte-rendu ...





Arnaud Denis

Visite à l’EABJM


Le métier d’acteur :

« On ne s’ennuie pas » mais c’est « plus difficile que d’être violoniste »


Parcours

  • Stage à la Comédie Française

  • Cours avec Jean-Laurent Cochet (2ans), a fondé sa compagnie « Chimère », a étudié au Conservatoire national pendant qu’il préparait sa première pièce ; Les Fourberies de Scapin, a fait des stages aux U.S.A.

  • Pense que la pratique est essentielle, presque meilleure que la théorie/les cours car il faut pouvoir comprendre le public.


Trouve que « c’est très délicat », la frontière entre le comique/le tragique.


Préfère jouer les classiques que les pièces contemporaines

« les classiques c’est génial de toute façon »,

« c’est plus facile à jouer une pièce qui nous échappe, qu’une pièce qu’on doit sauver »


Préfère les pièces « écrasantes de vérité et d’affrontement avec du rythme »

Remarque que la majorité des pièces contemporaines qui lui sont envoyées lui paraissent « nulles ».


Porte des lunettes noir dans le métro, « parce qu [il] aime regarder les gens sans qu’ils le sachent » ; il s’inspire des gens qu’il rencontre.


Le métier d’acteur, c'est toujours apprendre, « les personnages nous enrichissent continuellement »


Pourquoi Trissotin ?

1) volonté d’explorer le « sombre en [lui] »

2) qqch de nouveau

3) c’est rarement joué par des jeunes

Pour Arnaud Denis, Trissotin, c’est le « type de Rastignac », « un dandy qui prend avantage des gens »


Quand on lit/regarde/joue une pièce il faut trouver les « objectifs » , « moteurs » de chaque personnage


Le miroir : donne un « double champ » le dos et le visage, le « reflet de la vie », mais il est penché, le public ne peut pas s’y voir.



Pourquoi Les femmes savantes ?

1) Il faut « aimer ce qu’on monte »

2) les vers de Molière facilitent la dynamique de la conversation

3) c’est toujours des concepts modernes

4) Denis voulait incorporer son maître, Cochet, dans une de ses pièces (= Philaminte)

5) distribution de rôles équilibrée pour sa compagnie


Philaminte = Jean-Laurent Cochet

Jean-Laurent Cochet a une voix intéressante : il n’a pas besoin de hausser la voix pour se faire entendre (comme Meryl Streep dans The Devil wears Prada), Philaminte est une femme « masculine ».


Mise en scène

  • N’a pas besoin du « NOUVEAU », la mise en scène avec vêtements de l’époque ; c’est DEJA du nouveau

  • Trouve que les entrées en scène et les sorties de scène sont les parties les plus difficiles à réaliser (+ anecdote de comment les acteurs se débarrassent de leur nervosité)

  • « la scène est un passage »

  • anecdote : fou rire sur scène


16h30-18h, vendredi 23 octobre 2009


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En ligne prochainement un complément de ce compte-rendu ...


pour compléter votre recherche d'une esthétique et d'une éthique "générationnelles"

dans le cadre du roman collectif des lycéens de l'EABJM :


http://tempoeroman.blogspot.com



L'art et le lycéen dans sa ville, dans son école, dans ses voyages

Qu'est-ce qu'une "belle personne" ?


Quelle(s) réussite(s) pour demain ?

Au nom de quelles valeurs ?


Une enquête"générationnelle" sur la place du sujet dans l'histoire de la communication et des représentations

Novembre 2010 : programme de rentrée en Option Théâtre de 1ère => LA COMEDIE

Les comédies de Molière, un "champ de forces" : des tours et des détours...

"Le Contemplateur"

www.tempoestyle.blogspot.com


ETRE ou PARAITRE ?


VRAI-FAUX ?

ART-ARTIFICE ?


www.tempoedialectique.blogspot.com


Comment l’ « hybris » se manifeste-t-elle dans les comédies de Molière ?

ou

Comment Molière exprime-t-il le blâme ?

Les mariages forcés : l'éducation des pères et des mères


L'évolution de la relation du rapport dominant-dominé au théâtre :
du XVIIème siècle au XVIIIème siècle


"Je suis le maître, je parle : allez, obéissez" , Molière, L'Ecole des femmes



« Castigat ridendo mores »



1664 – les 3 premiers actes de Tartuffe

1665  Dom Juan

1666 – Le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux

1668 - Amphitryon ; L'Avare ou l'école du mensonge (comédie en 5 actes et en prose)

1669  Tartuffe

1669 - Le Bourgeois gentilhomme

1671 - Les Fourberies de Scapin (farce à l’italienne)

1672 – Les Femmes savantes

1673 - Le Malade imaginaire



"Castigat ridendo mores"

(devise de Molière empruntée à la Commedia dell'arte)


I. La "vis comica" de Molière :


Les canevas et les personnages de la "Commedia dell'arte" :

Jeux de masques, d'esquives et d'affrontements : la fourberie des valets de comédies sur le modèle d'Arlequin...

Du comique de farce aux comiques de situation et de caractère dans les hautes comédies de moeurs et de caractère de Molière :


de Saganarelle à La Flèche et à Scapin ...

de Dorine à Martine...


Comment la relation dominant-dominé évolue-t-elle dans les comédies de Molière ?

de Dorante...

Valère...

Trissotin...

à

... Tartuffe ...

et ... Dom Juan ...

?


II - L'évolution des relations maîtres-valets du XVIIème au XVIIIème siècle :


XVIIème siècle : le rapport dominant-dominé dans les comédies de Molière

Dorine-Orgon dans Tartuffe

Dom Juan-Sganarelle dans Dom Juan

Philaminte-Martine dans Les Femmes savantes

Harpagon-La Flèche (Valère, Maître Jacques) dans L'Avare

Scapin-Géronte dans Les Fourberies de Scapin


XVIIIème siècle :

Arlequin et son maître dans le théâtre de Marivaux

Figaro et le Comte Almaviva dans la trilogie de Beaumarchais


Jacques le fataliste et son maître, Diderot


Comédies de Molière :

L'Avare
: I, 3 (cf. L'Aulularia de Plaute)
Dom Juan : II, 3

Les Femmes savantes : comédie de moeurs en 5 actes et en alexandrins (notamment sur l'éducation des filles)

I, 1 (1ère partie : v.1 à 72; 2ème partie : jusqu'à la fin); I, 2 (v. 181 : "Vous triomphez ma soeur" à la fin); I, 4; II, 3; II, 6 (1ère partie : du début à 457 : "Pis" ; 2ème partie : du v. 458 : "Comment diantre, friponne" à la fin) ;); II, 7 (du début à 561 : "Mais vous en faites vous d'étranges en conduite"); III, 3 (v. 969 à la fin ; ou v. 898 : "Avez-vous vu un certain petit sonnet... ?")

Le Misanthrope : I, 1 ; I, 2 (à partir du vers 376 : "Franchement, il est bon à mettre au cabinet"; II, 1 ; II, 4 ( à partir du vers 650 : "Pour bien peindre les gens vous êtes admirable" ; III, 1 ; III, 4 (coupes possibles : vers 893-904); IV, 3 (à partir du vers 1332 : "Pourquoi désavouer un billet de ma main?" ; coupes possibles : v. 1381-1384 ; 1401-1409); scène dernière (jusqu'à : "La solitude effraye une âme de vingt ans")



Molière, "Le Contemplateur"



INVENTION :

"Je suis le maître, je parle : allez, obéissez" (Corneille, Sertorius, et Molière, L'Ecole des femmes).

Imaginez deux scènes de théâtre, l'une comique et l'autre tragique, dans lesquelles figurera cette réplique.


"Hors d'ici tout à l'heure, et qu'on ne réplique pas !"


Le comique de caractère : la haute comédie de mœurs et de caractère


« Changez le dénouement de la plupart des comédies de Molière et elles deviennent des tragédies. » Qu’en pensez-vous ?


DOSSIER :

Fiche auteur

Résumé et schéma dramatique

Fiche : le comique (de farce  burlesque : mots, gestes  , de situation, de caractère)

Pages d’anthologie et citations

Analyse de la comédie : « catharsis » et « mimesis » (cf. problématiques)

Impressions personnelles


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Les Femmes savantes, Molière : vendredi 2 octobre 2009 - Théâtre 14 -

Mise en scène de Arnaud Denis (dans le rôle de Trissotin)

www.lescompagnonsdelachimere.com


Arnaud Denis interprète le rôle de Trissotin

Il a également incarné Scapin au Théâtre du Lucernaire en 2006-2007



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Un compte-rendu de la rencontre avec Arnaud Denis au théâtre de l'EABJM le vendredi 23 octobre (Peter)




Le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux

LE PORTRAIT - L’ELOGE et LE BLAME (cf. La Bruyère, Les Caractères : excès et juste milieu)

Une enquête sur la place du sujet dans l’histoire de la communication et de la représentation


Vocabulaire : genre, registre ; dramaturge, spectateur ; dialogue et didascalies(internes/externes) : réplique, tirade, monologue


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Le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux (1666)

Malade, en désaccord avec Armande, Molière s’éloigna quelque temps du théâtre pour achever cette comédie dont la représentation déconcerta le public qui accueillit toutefois avec plus de chaleur la farce du Médecin malgré lui (1666)

Avec Le Misanthrope, la comédie française classique accomplissait sa lente mutation de comédie d’intrigue en comédie de caractère, même si Le Misanthrope, à la différence de Phèdre (qui offre dans la tragédie, dix ans, offre le même type de mutation) est une succession de tableaux réunis par un fil alors que la tragédie demeure conformément à la tradition pourvue d’une véritable intrigue.



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L'émission « La grande librairie » du 12 novembre était consacrée à Molière avec, parmi les invités, Denis Podalydès (et des extraits de la représentation de L'Avare à La Comédie française)

Vous pourrez vous inspirer de son interprétation d'Harpagon pour votre audition de scènes comiques ( et ajouter la scène du quiproquo à votre répertoire : "les beaux yeux de ma cassette"...)

http://www.france5.fr/la-grande-librairie/index.php?page=article&numsite=1403&id_article=14132&id_rubrique=1406


Tchekhov et le Théâtre d'Art de Moscou

Constantin Stanislavski, La Formation de l'acteur


"Il n'est pas un comédien authentique qui n'ait, un jour ou l'autre, emprunté sciemment ou non, quelques-uns des sentiers de cette analyse, que Constantin Stanislavski décrit minutieusement dans son livre".

Jean Vilar



Constantin Stanislavki dans La Locandieria de Goldoni en 1898


Constantin Stanislavski, La Construction du personnage



« J'ai envie de parler de l'atmosphère qui régnait dans les coulisses durant les représentations de La Cerisaie où, des années durant, j'ai joué le rôle de Charlotta. »

Maria Knebel, L'analyse action



Les Trois soeurs (1900) et La Cerisaie (1904) sont composés pour le MHAT, le Théâtre d'Art de Moscou, qui a été fondé en 1897 par Constantin Stanislavski et Vladimir Nemirovitch-Dantchenko. Les deux metteurs en scène y dirigent une jeune troupe d'avant-garde. L'écriture de Tchekhov est neuve : simplicité, pour ne pas dire banalité des situations et des dialogues recouvrent la réalité sociale de l'époque et dissimulent une vie intérieure qui affleure dans des correspondances subtiles avec les gestes, les comportements, les sons, le cadre de vie. Des thèmes récurrents (le départ, le suicide ou ses substituts) semblent donner du mouvement à une action nulle. Les personnages subissent des faits venus de l'extérieur sans tenter d'avoir une prise sur eux ; les rares initiatives sont un échec dans le marécage du manque de chaleur humaine d'une société bloquée, à l'exception de La Cerisaie, avec la montée dynamique et destructrice de la bourgeoisie. Le symboliste Biely considérait ce théâtre à la fois comme l'aboutissement ultime du réalisme et une première approche du symbolisme, donc unique et sans postérité possible. Le mérite du MHAT est d'avoir su faire sentir par des procédés scéniques les particularités de l'écriture tchekhovienne à un public souffrant des mêmes maux. Les pièces de Tchekhov ont joué un rôle dans l'élaboration du "système" de Stanislavski : recherche du non-dit du texte, justification intérieure des silences et des gestes, qui traduisent la vie profonde des personnages indépendamment des paroles et mieux qu'elles.


À suivre...


J'ai envie de parler de l'atmosphère qui régnait dans les coulisses durant les représentations de La Cerisaie où, des années durant, j'ai joué le rôle de Charlotta.


Bien que la pièce débute par une grande scène entre Lopakhine, Douniacha et, un peu plus tard, Epikhodov, tous ceux qui participaient à « l'arrivée », c'est-à-dire Ranevskaïa, Gaev, Ania, Pichtnik, Varia, Charlotta [...] * étaient assis, jusqu'à l'ouverture du rideau, sur un banc dans l'attente de leur entrée. Après les mots de Lopakhine-Léonidov : « Ca y est, je crois que c'est eux ! », un accessoiriste, toujours le même, traversait, partant du côté opposé à celui où nous nous trouvions, et, tenant dans ses mains un collier de cuir où étaient cousus des grelots, l'agitait rythmiquement, augmentant progressivement le son à mesure qu'il s'approchait de nous. Aussitôt que le bruit des clochettes se faisait entendre, tous ceux qui participaient à « l'arrivée » montaient vers le fond du plateau, d'où ils entraient, en bavardant, en scène, créant ainsi l'excitation caractéristique des retours.


A l'exemple de cette scène, que le spectateur ne faisait qu'entendre, j'ai réalisé une fois pour toutes dans ma vie avec quelle délicatesse de moyens Stanislavski parvenait à convaincre les spectateurs de la vérité de ce qui avait lieu. Quant aux « vieux » qui avaient joué La Cerisaie des années et des années durant, cette scène de coulisse était devenue comme leur chair et leur sang. Et, chaque fois, ils la jouaient comme si elle avait lieu rideau levé. Olga Knipper notamment, déjà en coulisses, était dans cet état d'excitation, cet étonnant état dans lequel il semble absolument naturel que coïncident presque le rire, les larmes et les mots : « La chambre des enfants... »


Une fois que s'était fait entendre les premières notes des grelots, tous ceux qui participaient à la scène de l'arrivée se glissaient avec une incroyable facilité – fruit bien sûr d'un immense labeur – dans la sensation de soi singulière de gens qui, de retour dans leur pays, n'ont pas dormi de la nuit, sont saisis par le froid de l'air humide et printanier d'un petit matin et sont remués tout à la fois par la joie du retour, l'amertume aiguë des pertes et le sentiment que la vie a bien mal tourné.


Me sidérait aussi l'atmosphère régnant sur le banc avant que ne commence notre arrivée hors champ. Knipper, Katchalov, Tarkhanov, Koreneva arrivaient, s'asseyaient, se disaient bonjour, échangeaient parfois même des phrases sans rapport avec le spectacle, mais en même temps ce n'étaient déjà plus Knipper, Katchalov, Tarkhanov, Koreneva mais Ranevskaïa, Gaev, Firs, Varia.


L'énorme force du Théâtre d'Art résidait dans cette aptitude à vivre dans le noyau même des personnages. Il est très dommage que notre jeunesse ne veuille pas croire que ce noyau – une reconstruction extrêmement fine de l'ensemble du système nerveux – ne se donne pas aisément et qu'il n'est tout simplement pas possible de bavarder de Dieu sait quoi dans les coulisses et de se rendre juste après maître de l'ensemble complexe de la personnalité qu'on joue.


* « à l'époque de mes débuts dans le rôle il s'agissait de O.L.Knipper-Tchekhova, V.I.Katchalov, L.M.Koreneva » : les comédiens de la première génération du Théâtre d'Art.


Portrait de Constantin Stanislavki par Valentin Serov